ACTE DE COLLOQUE 2006

COLLOQUE DE PALEOANTROPOLOGIE ET DE PALEO-ODONTOLOGIE

Rythmes de croissance et fonctions manducatrices

Chez les hommes fossiles et modernes

23 mars 2006

CRETEIL

Hôtel du Département






ORGANISATION

Société Française des Acteurs de la Santé publique Bucco-Dentaire Mission Bucco-Dentaire, Conseil général du Val-de-Marne Laboratoire Départemental d'Archéologie, Conseil général du Val-de-Marne

Le coordinateur du colloque : Dr Djillali Hadjouis Laboratoire départemental d'Archéologie du Val-de-Marne 7/9, rue Guy Môquet, 94800, Villejuif Tel : 01 47 26 10 00 e-mail : djillali.hadjouis@cg94.fr

PROGRAMME

  • 8 h 45: Accueil

  • 9 h 15: Ouverture
  • Mr Christian Favier, Président du Conseil général du Val-de-Marne

    Pr Nadine Forest, Présidente de la Société Française des Acteurs de la Santé Publique Bucco-Dentaire







  • 9 h 30: Introduction inaugurale
  • Pr Yves Coppens, Professeur honoraire au Collège de France






  • 10 h00 - 12h30: Croissance équilibrée. Comment l'évaluer?
  • Présidents de séance : Pr Jean Louis Heim, Pr Alain Lautrou


  • 10 h 00: La croissance crânienne par la méthode Procuste
  • Dr Xavier Penin, Attaché Département d'orthopédie dento-faciale U.F.R d'Odontologie, Université Paris V

    La croissance crânienne par la méthode Procuste.

    Mots-clés : Néoténie, Procuste, Pan, Homo

    Résumé : Réduire la complexité par une décomposition du réel en éléments plus simples est une démarche habituelle en sciences. C'est ce que fait la méthode Procuste pour analyser les formes. Dans une forme on distinguera donc d'une part la taille et d'autre part les proportions relatives (Form = Size + Shape). On peut prouver mathématiquement que cette distinction (1) ne cause aucune perte d'information (2) évite un biais important et (3) augmente la puissance des tests statistiques. Ce formalisme se révèle très utile dans l'étude des processus de croissance et des changements évolutifs. Par exemple, la comparaison par la méthode Procuste des croissances crâniennes de Homo sapiens et de Pan Paniscus confirme partiellement et complète l'hypothèse classique selon laquelle la néoténie serait à l'origine des différences entre les formes crâniennes de ces deux espèces. En fin de croissance, les proportions du crâne humain sont semblables à celles d'un chimpanzé juvénile tandis que sa taille est équivalente à celle d'un chimpanzé adulte. Cependant, cette analyse montre également que la différence n'est pas exclusivement néoténique et que chacune des espèces possède des caractères dérivés qui lui sont propres.

    Note : Dans les langues latines, dont le français, le nom grec ancien original est traduit par PROCUSTE tandis que chez les anglo-saxons il a donné PROCRUSTES. Ce qui cause une certaine confusion.


  • 10 h 20: Dynamique des rotations de croissance
  • Pr Alain Lautrou, Responsable du Département d'orthopédie dento-faciale, U.F.R d'Odontologie, Université Paris V






  • 10 h 40: Les rythmes de croissance dentaire chez les hominidés fossiles
  • Pr Jean.Louis Heim, Muséum national d'Histoire naturelle

    Dr Jean Granat, Membre associé, Académie nationale de Chirurgie dentaire

    Dr Evelyne Peyre, Chargée de recherches, C. N. R. S

    Les rythmes de croissance dentaire chez les hominidés fossiles

    Les dents nécessitent un certain temps pour s'édifier. Depuis la fin du XIXe siècle des tables ont été établies afin de préciser les âges d'éruption dentaire, puis, à partir de dissections, les âges ont été attribués pour chaque stade de croissance. Toutes les dents n'évoluent pas en même temps ni à la même vitesse, ainsi une échelle d'âge a été établie de la naissance à la fin de calcification de la dernière dent à s'édifier à savoir la troisième molaire ou dent de sagesse. Les différences entre individus n'ont tout d'abord pas été prises en compte et ces tables, bien qu'ayant été établies à partir d'enfants européens, ont été appliquées sur tous les enfants du Monde. Elles ont même été appliquées aux Hommes fossiles considérant que leur croissance dentaire était sensiblement la même que la nôtre.

    Nos travaux ont montré tout d'abord la forte différence existant dans les populations actuelles, mais le même écart, en plus ou en moins concernait toutes les dents. Chez les Hommes fossiles, que se soient les Néandertaliens ou les Néolithiques de l'Est du Bassin parisien, les rythmes de croissance différaient nettement de ceux connus chez les enfants actuels et entre les deux groupes fossiles. La différence concerne également les groupes de dents entre eux.

    La maturation de ces Hommes fossiles était plus précoce qu'actuellement et différente. Nous avons ainsi quantifié et démontré avec précision ce que certains paléontologues avaient constaté empiriquement.

    Actuellement, les écarts entre les différentes populations et les tables établies sont remarqués et rectifiés. Il devient désormais possible d'estimer un âge d'après la croissance dentaire, aussi bien chez les enfants actuels que chez les Hommes fossiles.


  • 11 h 00: Pause café

  • 11 h 30: Les morphogenèses architecturales cranio-faciales chez Homo sapiens. Quand peut-on parler d'équilibre et de déséquilibre ?
  • Dr Dillali Hadjouis, Paléontologue, Archéologue, Laboratoire départementald'Archéologie, Conseil général du Val-de-Marne

    Les morphogenèses architecturales cranio-faciales chez Homo-sapiens.

    Quand peut-on parler d'équilibre et de déséquilibre ?

    Résumé : Depuis les années 1990, des populations historiques du Bassin Parisien, exclusivement du territoire du Val-de-Marne ainsi que des populations fossiles du Paléolithique supérieur d'Algérie sont étudiées à partir d'une nouvelle réflexion anatomique. Pour ce qui touche à l'ensemble cranio-facial, d'abord ce n'est plus la description morphologique crânienne à une période évolutive donnée qui prévaut mais plutôt le rythme de croissance individuelle au sein d'une population prenant en compte ses anomalies de développement et ses pathologies. Ensuite, les dentitions, faisant partie intégrante du puzzle cranio-facial sont corrélées d'une part à l'ensemble crâne/face harmonique ou dysharmonique et d'autre part au rachis, élément indissociable de la base du crâne et de ses relations avec le squelette des membres.

    Cette nouvelle relecture anatomique s'appuie sur des paramètres architecturaux de morphogenèse où la cinétique des trajectoires de croissance prend toute son importance. L'interprétation des désordres occlusaux est alors mieux perçue car l'ensemble cranio-facio-dento-rachidien est pris dans une optique de croissance squelettique de l'enfant où les évolutions ontogéniques sont analysées à chaque étape par une approche d'anatomie comparée avec les populations contemporaines.

    C'est dans un souci de compréhension et de réflexion communes avec les Acteurs de la Santé Publique Bucco-Dentaire que de telles recherches sont conjointement menées depuis quelques années.

    Mots-clés : asymétries, équilibre, posture, architecture cranio-faciale, anomalies, pathologies


  • 11 h 50: La croissance dentaire chez les hommes du Moyen-Age
  • Dr Fernando Ramirez-Rozzi , Chargé de recherches, C. N. R. S

    Dr Rodrigo LACRUZ

    Croissance dentaire des individus du Moyen Age à partir de l'analyse histologique.

    Résumé:

    La plupart des études sur la croissance dentaire chez l'homme actuel est fondé sur l'analyse de radiographies. Au contraire, peu de travaux ont été effectués à partir de l'analyse des données histologiques. On comprend par 'études histologiques' les travaux fondés sur la microstructure de l'émail pour reconstituer les modalités de la formation et la croissance dentaires. En effet, la présence de lignes de croissance dans l'émail rend possible d'obtenir, en plus de la durée de formation des couronnes, de nombreux aspects de la différentiation cellulaire et de la formation de l'émail.

    Nous présentons ici l'étude d'une série d'individus provenant d'un cimetière du VII-VIIIe siècle de l'Ile de France.


  • 12 h 10: Débat

  • 12 h 30-13 h 30:
  • Buffet


  • 13 h 30 - 14 h 30: Présentation de posters sur des travaux universitaires originaux
  • Florence Pittion

    Keun Hye et Djillali Hadjouis

    Yohan Pierrard, Jacques Youssef, Jean Claude Tavernier, Djillali Hadjouis

    Hélène Carré, Djillali Hadjouis, Philippe Katz

    Charlotte Bazennerye, Sophie Lemaître, Julien Hauet, Djillali Hadjouis, Fabien Cohen

    Calmejane Yuta, Liyanaratne Kirti, Djillali Hadjouis, Fabien Cohen

    Yannick Korpal

    L'os sphénoïde dans la lignée humaine

    Résumé: Chaque crâne est radiographié selon les trois plans de l'espace, conventionnels. 143 crânes Homo sapiens ont été choisis, ainsi que 14 crânes de chimpanzés et 12 de gorilles. 23 fossiles ont été disponibles. Le protocole utilise des points et mesures nouveaux spécifiques du sphénoïde. La principale nouveauté réside en la « Méthode des Ellipses », modélisation des profils endocrâniens permettant la mise en rapport de la base du crâne et de la voûte non seulement chez les hominidés, mais aussi chez les grands singes.

    Cinq processus sont ainsi paramétrés. La flexion sphéno-occipitale en est le principal, caractérisant la lignée humaine. La notion de champ facial sphénoïdal lie la base et les os du massif facial. La flexion inférieure traduit le degré de flexion de la face exocrânienne du sphénoïde. L'expansion dorsale montre que l'architecture de la base est modifiée en relation avec l'encéphalisation. Enfin la « Méthode des Ellipses » montre qu'il existe des rapports quantifiables entre la structure de la base et la conformation des os de la voûte.

    L'identification du sphénoïde chez les fossiles montre que la rotation du sphénoïde s'accentue au cours de l'évolution du genre Homo en relation avec la flexion de la base. Par ailleurs la « Méthode des Ellipses » pourrait servir pour les reconstitutions.

    Mots clefs : Sphénoïde, base du crâne, radiographie, flexion sphéno-occipitale, flexion inférieure, champ facial, expansion dorsale, méthode des ellipses, rotation.


    Caroline Souday et Jean Louis Heim

    Etude de la morphométrie dentaire chez les hommes actuels et les Néandertaliens : nouvelle approche méthodologique.

    Résumé: Les dents constituent un matériel d'étude particulièrement précieux en anthropologie et en paléoanthropologie en raison de leur conservation et de leur variabilité morphologique. Toutefois, la plupart des travaux qui leur sont consacrés développent principalement une approche qualitative de recherche des caractères discrets ou une analyse métrique des dents et concernant plus généralement les diamètres mésio-distaux et vestibulo-linguaux des couronnes.

    Nous nous sommes plus particulièrement consacrés à la morphologie des couronnes afin de tester dans un premier temps de nouveaux outils pour mettre en relief leur variabilité dans les populations humaines actuelles. Nous avons par la suite développé notre étude sur un échantillon fossile, à savoir les Néandertaliens pour tenter de rechercher et de quantifier les spécificités morphologiques de chacun des groupes examinés.

    Les dents en vue occlusale ont été numérisées en 2D en suivant un protocole standardisé. Les images ainsi obtenues ont subi un premier traitement dans le programme d'analyse d'images « Image J » afin d'extraire les contours de la couronne puis ceux-ci ont été convertis en suite de coordonnées (x, y) grâce au programme TPSdig. Ces contours ont été ensuite convertis en dix harmoniques (exprimées par 2 coefficients chacune) grâce au logiciel PAST et aux méthodes de Fourier.

    Dans l'état actuel de notre travail, les données concernant les premières molaires supérieures ont été traitées. Les analyses discriminantes effectuées avec validation croisée sur ces coefficients montrent que cette méthode permet une excellente discrimination entre les M1 supérieures néandertaliennes et celles du groupe Homo sapiens actuel (avec un reclassement correct de plus de 90 %).

    Ces résultats préliminaires soulignent l'intérêt des analyses de contours appliquées au matériel dentaire humain et tendent à mettre en évidence une forme de couronne dentaire propre aux Néandertaliens au niveau des premières molaires supérieures. Ceci pourrait être d'un grand intérêt pour l'étude des restes dentaires isolés.





    Présentation de matériel archéologique provenant des nécropoles du Val-de-Marne



  • 14 h30 - 16 h 30: Croissance perturbée. Quand et comment ?
  • Présidents de séance : Dr Bernard Fleiter, Dr Djillali Hadjouis


  • 14 h 30: Les asymétries squelettiques et alvéolo-dentaires
  • Dr Alain Decker, Maître de conférences - Département d'orthopédie dento-faciale - U.F.R d'Odontologie - Université Paris V






  • 14 h 50: Evaluation fonctionnelle en présence d'asymétries
  • Dr Bernard Fleiter, Maître de conférences - Département d'occlusodontie - U.F.R d'Odontologie - Université Paris V





  • 15 h 10 Déplacement de l'os hyoïde et évolution du conduit vocal et au cours de la croissance
  • Dr Jean Granat, Membre associé - Académie nationale de Chirurgie dentaire

    Pr Louis Jean Boe, Institut de la communication parlée - Université de Grenoble

    Pr Jean Louis Heim, Muséum national d'Histoire naturelle

    Résumé: Les structures osseuses de la tête et du cou constituent l'architecture du conduit vocal et déterminent la position de l'os hyoïde, un marqueur relativement fiable de la position du larynx.

    Ces parties dures n'évoluent pas de façon homothétique de la naissance à la maturité : en effet, les dimensions céphaliques du nouveau-né et de l'adulte n'entretiennent pas de simples rapports linéaires : le passage des unes aux autres passe par une anamorphose relativement complexe.

    Au cours de la croissance, la base du crâne subit une flexion au niveau de l'angle sphénoïdal jusqu'à la soudure définitive de la suture sphéno-basi-occipitale qui entraîne à la fois un recul relatif du massif facial qui se rapproche de la colonne cervicale, provoquant dans ce mouvement, le recul relatif de l'os hyoïde. La distance de cet os au plan de référence crânien (Francfort ou Merkel) va augmenter sous l'effet de la croissance du calvarium et surtout de celle plus importante de la branche montante de la mandibule sous laquelle il est inséré. Toute cette dynamique va s'accompagner d'une croissance longitudinale du conduit vocal (taille du pharynx), deux fois plus importante que la croissance antéro-postérieure (taille de la partie buccale). En même temps la flexion basi-cranienne provoque une angulation quasi orthogonale du conduit vocal, alors qu'elle est plus obtuse chez le nouveau-né.

    Nous présentons une modélisation articulatori-acoustique du conduit vocal qui permet de rendre compte de l'essentiel de ces effets de croissance, et qui propose une restitution possible des conduits vocaux d'enfants et d'adultes, et aussi des capacités potentielles de production de la parole chez l'Homme moderne aussi bien que chez les Hommes fossiles, et plus particulièrement chez Néandertaliens.


  • 15 h 30: La croissance du visage de 3 à 47 ans
  • Dr Yvette Deloison, Chargée de recherches - C. N. R. S

    Pr Raphaël Fénart, Directeur honoraire de recherches - C. N. R. S

    Faisant suite à deux études "longitudinales" préalables, portant sur la croissance faciale de deux soeurs, à partir de moulages effectués annuellement durant trente années, nous apportons une synthèse de ces travaux par le moyen de superposition des profils, soit dans un référentiel, soit de façon directe en utilisant la droite des « moindres carrés ». Les traits caractéristiques du visage se révèlent ainsi de façon plus significative.

    Les mensurations originelles ont été apportées par un « digitaliseur » ; il a fallu les transformer par un calcul de changement d'axes, pour éviter les erreurs dans le positionnement des pièces, en définissant un système de coordonnées rectangulaire propre aux moulages eux-mêmes.

    L'objet de notre travail est donc la comparaison des profils, essentiellement sagittaux, entre les deux sours, à l'âge moyen de chacun des stades retenus (de A à F). Après une première approche qui considère les profils « en place » dans les axes x y, ressortant des études antérieures, et au cours de laquelle interviennent : la taille, la forme et la position de ces profils, nous considérerons ces derniers « en eux-mêmes », indépendamment de leur position, ce qui va permettre l'analyse directe de la taille et de la forme.


  • 15 h 50: Relation cranio-mandibulaire et posture : orthoposturodontie
  • Dr Michel Clauzade , Chirurgien dentiste - Perpignan





  • 16 h 10: Débat


  • 16 h 30: Clôture
  • Dr Fabien Cohen, Coordinateur - Mission Bucco-Dentaire - Conseil général du Val-de-Marne




    Le colloque a réuni environ 170 personnes de plusieurs professions médicales (dentistes, occlusodontologistes, ostéopathes, orthodontistes) et des paleoanthropologues. Les conférenciers invités (5 dentistes, 5 anthropologues) ont fait le point et un débat sur les questions touchant aux rythmes de croissance des enfants contemporains et fossiles, aux déséquilibres architecturaux du crâne et de la face, aux asymétries faciales et posturales. Plusieurs posters ont été également présentés montrant les travaux universitaires de certaines études achevées sous la direction de Djillali Hadjouis.

    Parmi les conférenciers, on retiendra des sujets sur les études histologiques fondées sur la microstructure de l'émail pour reconstituer les modalités de la formation et la croissance dentaires, ou le déplacement de l'os hyoïde et l'évolution du conduit vocal au cours de la croissance et de l'évolution des hominidés. D'autres conférences ont mis l'accent sur certains rythmes dentaires différents entre les hommes fossiles et actuels. Les populations archéologiques du Val-de-Marne ont servi d'exemples comme populations de référence eu égard aux effectifs importants de chaque nécropole qui totalisent actuellement 6 nécropoles étudiées. Les asymétries crâniennes et les malocclusions dentaires de ces nombreuses populations val de marnaises ont permis d'avoir des comparaisons en imagerie radiologique avec des contemporains franciliens et s'orienter vers des tendances occlusales depuis plusieurs milliers d'années.